Mémoire de l’esclavage


Mémoire de l’esclavage


L’esclavage, l’une des pratiques ancestrales en Afrique, était répandu dans nombre de sociétés africaines. Les peuples asservis par cette pratique de servitude n’étaient guère traités comme de véritables esclaves. Ils avaient un certain nombre de droits dans un contexte identique à la servitude sous contrat pratiquée sous d’autres cieux dans le monde. Mais, partant de ce simple système de servitude, l’Afrique a subi la traite arabe et la traite atlantique. C’est d’ailleurs et surtout cette dernière forme d’esclavage qualifiée de « traite négrière » dont les échos ont été retentissants à cause des victimes, des nombreuses méthodes d’asservissement et des multiples opérations de transports sur de longues distances, qui a le plus marqué les pages sombres de l’histoire du continent noir.

Cette histoire, après des siècles, continue de susciter la curiosité de nombreux africains. Tout comme ceux-ci, Feed Needs a été poussé par cette curiosité de remonter l’histoire pour en savoir davantage sur ce phénomène qui continue, que nous le voulons ou pas, de faire couler beaucoup d’encres et de salives. Ainsi, notre soif de savoir sur ce système d’immigration forcée de nos parents sur le contient américains et dans les caraïbes nous a révélé, au-delà de ce que nous croyions, que le pont de l’histoire originaire n’a pas pu complètement céder entre le continent noir et ses enfants déportés en Amérique sous la bannière de l’esclavage. Aujourd’hui grande est notre joie de découvrir, après tant d’années, qu’avec le vécu de Monsieur Lewis Cudjo, de son vrai nom Oluwale Kossola, nous pouvons partir des traces de nos parents déportés pour assouvir un tant soit peu la soif de nos frères africains-américains qui est de découvrir un jour leur communauté d’origine et de pouvoir rétablir le pont de l’histoire cédé entre temps entre ces derniers et le continent-mère.

Monsieur Cudjo Lewis, considéré aujourd’hui comme le dernier survivant du dernier navire négrier « Clotilde » transportant environ 110 esclaves, ayant été déportés illégalement malgré l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis en 1808 par William Foster, est l’homme qui nous permet dans notre projet actuel d’établir un pont entre le Bénin et ses fils déportés aux États-Unis.

En effet, Cudjo Lewis de son vrai nom Oluale Kossola est né vers 1841. Il est d’origine Yoruba de Bantè (donc Ifè ou N’tcha), une ville du département des collines au Bénin. A l’âge de 14 ans, il commença sa formation de soldat où il sera initié dans ORO qui est une société secrète masculine Yoruba. Mais à l’âge de 19 ans, c’est-à-dire en 1860, lors du « règne du Roi GLELE 1858-1889 », cette formation d’initiation fut interrompue lorsque les soldats du Dahomey attaquèrent sa ville natale. Il devint alors captif après cette attaque et fut conduit à Ouidah, ville portuaire sur la côte atlantique du Bénin, où il devint prisonnier dans un complexe d’esclaves. C’est alors qu’il fut vendu à William Foster, capitaine de la Clotilde, une goélette construite par Foster à Mobile (Alabama) qui fut converti plus tard en navire négrier destiné au transport illégal et dans la clandestinité des esclaves africains aux Etats-Unis. Kossola fit partie des 110 esclaves environ, africains que ce navire déporta, après environ 45 jours de navigation, aux USA. Le 8 juillet 1860, Kossola entra dans le détroit du Mississipi avec sept autres esclaves où ils furent tous transférés au sieur James Meaher. Ce dernier ne pouvant par prononcer correctement le nom Kossola, fut obligé par Kossola lui-même de l’appeler Cudjo (ou Codjo qui est un nom attribué en pays Fon et Ewé aux garçons qui sont nés un lundi). Il travailla pendant 5 ans dans des mauvaises conditions de vie sur un bateau à vapeur, avant d’être informé le 12 avril 1865 par les soldats de l’Union tout comme les autres travailleurs qu’il était libre. Alors, il quitta, après son émancipation, la plantation de

James Meaher et pris le nom de Lewis. Suite aux tentatives vaines d’obtenir réparation sous forme de rapatriement au bercail ou de terres, Lewis et les Africains de la ville de « Mobile » à Alabama décidèrent en 1872 de mettre leurs ressources en communs et achetèrent des terres aux Meahers et autres riches blancs pour former leur propre colonie qu’il baptisa Africa Town. C’est là qu’il passera le reste de sa vie. Devenu citoyen américain en 1868, et baptiste en 1869, Cudjo se maria légalement en 1880 à son épouse Celia de son vrai nom Abile (une camarade de la capture du Clotilde qui avait vécu avec lui depuis 1866). Ensemble, ils eurent cinq garçons et une fille. Cudjo a survécu à ses compagnons du Clotilde et devint le dernier survivant du dernier navire négrier à entrer aux Etats-Unis. Il décéda le 26 juillet 1935 à l’âge de 94 ans environ.     

Cette histoire épatante nous éclaire non seulement de façon très nette sur l’origine de Cudjo, sa culture et sa communauté d’origine, mais également de nombreux d’autres esclaves qui ont été déportés en Amérique et dans les Caraïbes. Ainsi, en nous inspirant du vécu héroïque de ce dernier nous voulons bien reconstituer avec nos frères africains-américains l’histoire de nos ancêtres partis du Bénin sous la houlette des commerçants négriers.

Dans la reconstitution de cette histoire, nous allons choisir, comme épicentres, les villes d’Africa-Town (Alabama) aux Etat-Unis et d’Ouidah au Bénin. Ce choix se justifie par le lien de rattachement entre Cudjo et sa terre natale qui est le Dahomey (République du Benin). Grâce à lui, le Bénin n’a pas perdu totalement les traces de ses fils déportés aux Etats-Unis.

En perspective, et dans la mesure du possible, nous nourrissons le rêve d’accomplir l’un des vœux non réalisé de Cudjo. A cet effet, nous souhaitons demander, en association avec les descendants de celui-ci, le rapatriement de ses reliques au Bénin afin qu’il « puisse reposer auprès de ses parents sur sa terre natale pour dormir en paix avec ses aïeux » selon les pratiques coutumières de sa communauté de base. Cette volonté se justifie par le fait qu’il est de coutume chez nous au Bénin, de faire reposer la dépouille mortelle auprès de ses parents biologiques. C’est pourquoi quelque soit la distance, nous rapatrions toujours la dépouille mortelle de nos parents.

En découvrant cette pratique que nous avons hérité de nos parents, certaines personnes peuvent se poser la question de savoir ce pour quoi une telle pratique a été instituée et continue d’être entretenue jusqu’à nos jours. La réponse que nous pouvons servir à ceux-ci est la suivante. La préoccupation d’un parent est de revoir son enfant revenir au bercail quelle que soit l’aventure qui l’aurait conduit loin de sa terre natale. La valeur de ce vœu cher aux parents réside dans le fait qu’ils se doivent de protéger l’arbre généalogique qui est le gage de la consolidation des liens ancestraux. L’enfant qui a connaissance du lieu d’ensevelissement de ses parents y retournera toujours, soit pour l’entretenir, soit pour y prier. Ce faisant, il gardera le contact entre lui et sa famille d’origine.  

Pour ce faire, un monument mémorial sera érigé en son nom pour marquer son courage et son bravoure. Un mausolée somptueux sera réalisé pour accueillir sa dépouille. Des spécialistes en la matière seront sollicités à juste titre pour proposer un plan architectural adéquat. Toutes les mesures de sécurité du site et de sa viabilité seront prises afin de permettre à ses descendants de venir de temps en temps au bercail pour « balayer la tombe de leur grand-père, ou arrière-grand-père » comme nous le faisons de façon coutumière chez nous au Bénin.

Aussi, dans le souci de rendre un vibrant hommage mérité à titre posthume au Valeureux Cudjo, nous mènerons des démarches auprès des autorités béninoises afin qu’il soit établi en héros national.

Enfin, pour réaliser cette noble idée qui pourrait s’étendre, au-delà des africains-américains, à la diaspora africaine au plan mondial, nous avons conçu un projet de connexion de la diaspora africaine à ses racines « Diaspora African Connects to their Roots » afin de faciliter le voyage et le séjour de ces derniers qui, retrouvant leur pays d’origine, seront désormais appelés, à l’instar de la diaspora des autres pays vivant aux USA, les béninois-américains.

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